Elisabeth Kontomanou jazz contactez-nous
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Elisabeth Kontomanou

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Présentation du spectacle

Tournée avec :

- Duo avec Gustav Karlström - piano
- Duo avec Emmanule Bex - orgue

- Duo avec Jean-Michel Pilc - piano sur l'été 2016
- Quintet
avec Gustav Karlström-piano, Joey Belmondo-guitare, Thomas Bramerie-contrebasse, Donald Kontomanou-batterie
- Sextet
avec Gustav Karlström-piano, Joey Belmondo-guitare, Thomas Bramerie-contrebasse, Donald Kontomanou-batterie, Eric Le Lann-trompette

Les musiciens sont annoncés sous réserve de changement

Nouvel album le 3 avril 2014 "Amoureuse" chez Plus Loin Music

Nouveau clip "Amoureuse"


Le français a cette expression un peu étrange qu’il qualifie de « maternelle » la langue que l’on apprend enfant, au sein de l’environnement familial, comme si le père ne prenait aucune part à cette transmission. En ce XXIe siècle de la mondialisation et de l’extrême mobilité, cette notion de langue natale vacille, sous l’effet des plurilinguismes à l’œuvre au sein des sociétés occidentales, et même à l’intérieur de nombreux couples binationaux dont les mutations du monde ne cessent de favoriser la rencontre. Au point qu’il arrive qu’on puisse considérer désormais que certains enfants possèdent plusieurs langues maternelles.

Le français est la langue natale d’Elisabeth Kontomanou mais ce n’est que l’une de celles que parle sa « tribu », ces garçons qu’elle a mis au monde et qui, l’âge aidant, font partie de son entourage musicien, sur scène ou en studio. Ils ne portent pas le même nom de famille, elle les a élevés au fil du temps aux États-Unis, en France ou en Suède, mais ils partagent avec leur mère l’amour de la musique, ce langage universel qu’ils tiennent aussi, parfois, de leur père. Leur propre langue n’est qu’un accessoire qui leur permet de communiquer entre frères, et ils passent allègrement de l’une à l’autre, sans souci de continuité. Parce que sa langue maternelle la renvoie, en revanche, à une histoire personnelle douloureuse, à une enfance ballotée, marquée par l’opacité de sa généalogie, Elisabeth Kontomanou s’est longtemps vue, métisse oblige, comme une étrangère au pays dans lequel elle est née. Du jazz, elle a donc fait sa langue d’adoption et, pourrait-on dire, par identification, s’est accrochée à la musique afro-américaine comme à une planche de salut, fascinée par la légende sombre de ces héroïnes du peuple du swing auxquelles elle ne fut pas longue à s’identifier. Faute de racines, elle s’est donnée celles qui lui permettaient d’ancrer au mieux l’inquiétude de son existence, jusqu’à partir un temps pour New York afin de mieux approcher l’âme de ceux qui l’inspiraient. Tous les disques qu’elle a fait paraître depuis dix ans et son retour en Europe n’ont cessé de démontrer que cette parenté fantasmée n’avait rien d’une illusion.

Or, Elisabeth Kontomanou a appris depuis, par un étrange coup du sort, que le jazz n’était pas aussi éloigné d’elle qu’elle l’avait longtemps cru et qu’il n’était rien d’autre, au fond, que sa langue… paternelle. Celle que s’était choisie, bien avant sa naissance, son inconnu de père, un père dont elle a fini par connaître l’identité et qui n’est autre qu’un musicien de jazz, le saxophoniste guinéen Jo Maka (1929-1981), compagnon de route de François Tusques, Eddy Louiss, Bobby Few, Alain Jean-Marie et quelques autres… Réconciliée avec une partie de son histoire grâce à cette découverte, il fallait encore qu’Elisabeth se confronte à cette langue française inculquée depuis l’enfance, et à ce pays où elle a eu tant de mal à se sentir chez soi, femme libre, indomptée, refusant les carcans sociaux et les rigidités morales. Si la ritournelle est une forme de revenir, comme le disait Gérard Deleuze, alors c’est par la chanson que ce retour au pays natal pouvait se faire, et par ce répertoire d’airs plus ou moins enfouis dans sa propre mémoire qu’il devait s’exprimer.

Aux standards qu’elle a si souvent interprétés en anglais avec une sensibilité qui lui appartient en propre, Elisabeth Kontomanou a substitué, le temps d’un disque, des mélodies qui, à certaine époque, ont été sur toutes les lèvres de l’Hexagone. Des chansons qu’elle a entendues, petite, et qui ont éveillé ce goût du chant qui l’habite en permanence, allié à la force des mots auxquels elle n’est jamais indifférente. Elles appartiennent au patrimoine populaire, elles sont pour la plupart rattachées à un interprète qui en était parfois aussi l’auteur, tels Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Fréhel ou Jacques Brel… Comme eux, Elisabeth les habite de sa voix, de son tempérament, laissant deviner les résonances affectives, sinon autobiographiques, qu’elles peuvent provoquer en elle, entourée de ses fils musiciens, de son cercle élargi, et d’instrumentistes français de premier plan, le trompettiste Eric Le Lann et l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, qui ont déjà fait la preuve, par le passé, de leurs affinités avec ce type de répertoire. À ces refrains classiques de la chanson française, elle en associe d’autres, composés par son fils cadet, Gustav Karlström, et emprunte un air à son partenaire de longue date, Thomas Bramerie, sur lequel elle a posé ses propres paroles.

Bien sûr, le jazz est toujours de la partie, tapis en embuscade, prêt à s’inviter au creux d’un couplet familier. Des accents soul d’Amoureuse au tourbillon d’Où sont tous mes amants immortalisé par Fréhel dans une thématique qui n’est pas sans faire écho aux préoccupations d’une Bessie Smith ; des regrets de Sur ma vie de Charles Aznavour traités en ballade jazzy à la complainte douloureuse de Milord qui prend des accents bluesy sous l’harmonica de Ker Ourio ; des percussions de René Martinez (fils de Sabu) qui tribalisent Et maintenant de Gilbert Bécaud à un hommage joliment troussé à Claude Nougaro, Sur un air de Navajo, du pianiste Bruno Barbier ; d’Il est mort le soleil où se superposent le souvenir de Nicoletta et de Ray Charles au Chantez final aux couleurs brésiliennes, en passant par la Valse à mille temps vertigineuse de Brel et ces très mystérieux Anges de la nuit dont la chanteuse fait le récit… ce disque est bien plus qu’un exercice de style auquel les musiciens de jazz se livrent parfois, avec plus ou moins de bonheur, qui consiste à faire swinguer la chanson française. Dans la bouche d’Elisabeth Kontomanou, ces textes font sens, les paroles retrouvent toute leur mesure, les mots sonnent juste car ils se chargent d’une dimension personnelle et leur intonation vient du cœur : cette langue de la chanson française et sa poésie sont enfin devenues aussi les siennes.

Vincent Bessières 

Les musiciens de l'album
Elisabeth Kontomanou : voix
Gustav Karlström : piano
Thomas Bramerie : contrebasse
Donald Kontomanou : batterie
Joey Belmondo : guitares
Eric Le Lann : trompette
Olivier Ker Ourio : harmonica
Renez “Sabusito” Martinez : congas

musique | humour | danse
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