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world music

Souad Massi

Présentation du spectacle

 

Souad Massi sera en tournée acoustique avec un spectacle inédit en trio sur l'été 2017 et la saison 2017/2018.




Pour la société Your European Stage


Nouvel album en prévision pour 2017/2018

 

Souvent considérée comme la plus belle voix féminine d’Afrique du Nord, Souad Massi reprend la route dans un concert inédit, accompagnée de ses deux amis de coeur et de scène, le percussionniste Rabah Khalfa et le guitariste Medhi Dalil.

La réputation de Souad Massi s’est forgée au cours d’une carrière de plus de 15 ans, portée par une détermination sans faille pour le combat politique et le maintien des valeurs que sont la liberté et la justice. Ses chansons, empruntes d’amour, d’altruisme et de courage, sont autant de témoignages contre l’intolérance du monde d’aujourd’hui.

Lors de ce concert, Souad Massi proposera des titres de son 6ème album studio El Mutakallimûn (Maître des mots), réponse aux menaces dont elle a fait l’objet, et dans lequel elle redonne vie à une série de poèmes arabes remontant jusqu’au 6ème siècle. Le choix des textes transcendés par la beauté de sa voix nous rappelle les valeurs qu’a portées le monde musulman au travers des générations.

Elle chantera également une sélection de ses plus grandes chansons telles que ‘Yemma’ (Maman, je te mens), Deb, Amessa (Un jour viendra), ‘Hayati’ (Ma Vie)…

La connexion qui s’opère entre Souad Massi et ses musiciens relève pratiquement de la télépathie. Respect et affection unissent ces trois êtres, et c’est avec un bonheur évident qu’ils se retrouvent une fois encore sur scène.

 

 

Présentation du précédent album "El-Mutakallimûn", mars 2015

Par Andy Morgan.
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Chaque personne qui a envie de vraiment comprendre la culture arabe tombera à un moment donné inévitablement sur l'Andalousie et son héritage. Le souvenir de cette époque de tolérance semble briller comme un signal dans l'obscurité d'une bigoterie d'aujourd'hui et d'un tribalisme religieux. Ceci offre l'espoir que les nations musulmanes pourraient une fois encore, une fois la gouvernance éclairée requise, conduire le monde dans le domaine des sciences, de la philosophie, de la littérature et du pluralisme religieux.

Souad Massi a trébuché sur l'Andalousie aux environs de 4 heures du matin, une nuit sans sommeil durant laquelle elle regardait un documentaire à la télévision sur l'âge d'or de Cordoue aux 9ème et 10ème siècles. Sous l'autorité de la dynastie Omeyyade du Calife Abd ar-Rahman III et de ses descendants, elle devint, pour un temps, la ville la plus peuplée et sophistiquée d'Europe. “J'avais honte”, dit Souad, “Comment se faisait-il que j'étais allée partout dans le monde sauf là ? Comment se faisait-il que personne ne parlait jamais de tous ces hommes de savoir... Avicenna, Ibn Arabi ?”

Ce n'était pas seulement les mathématiciens de Cordoue, les astronomes, les juristes, les théologiens ou les poètes qui la stupéfiaient, non plus que les palaces somptueux, les mosquées, les synagogues, les églises et les bains publics, non plus que sa librairie qui abritait un demi million de livres – la plus grande en Europe à cette époque. C'était le fait que pendant presque deux siècles, tous les fils d'Abraham – Juif, Chrétien, Musulman – semblaient vivre dans une paix et une harmonie relatives sous une autorité musulmane, au moins jusqu'à ce que les rois de Castille commencèrent à reconquérir l'Espagne aux 12ème et 13ème siècles. “Comment se sont-ils arrangés pour vivre ensemble ?” se demandait Souad.

Les fruits intellectuels de l'Andalousie ont joué un rôle crucial dans le développement de la civilisation européenne au moyen-âge et au-delà. Les universitaires islamiques et les traducteurs ont construit le pont qui relie le monde médiéval à la philosophie des anciens Grecs. Des savants de Cordoue tels que Ibn Rushd (dit Averroes) – un Musulman – ou bien Moses Maimonedes – un Juif – ont mené une tentative générale pour réconcilier le rationalisme d'Aristote avec les principes centraux du judaïsme et de l'islam.

En Al-Andalus, et ailleurs dans le monde musulman du moyen-âge, appliquer la raison et la logique aux thèmes les plus basiques de la vie – libre arbitre, nature de l'existence, nature de Dieu et de la foi – fut la pratique des érudits de Kalam ou du “discours analytique”, connus chez les Arabes comme les mutakallimun. Des scientifiques, des philosophes, des géographes, des historiens, des mathématiciens et des poètes, tous pouvaient être considérés mutakallimun, ou “maîtres de la parole”. Ils tenaient des assemblées où le savoir, la réflexion et l'habileté verbale étaient hautement récompensés. Dans ces berceaux d'échanges et cette interaction sans crainte, s'est forgée la richesse intellectuelle de l'Andalousie.

La révélation qu'une cité sous l'autorité d'un calife musulman fut autrefois le diadème intellectuel de la civilisation européenne a entrainé Souad Massi dans un voyage de découverte personnelle. Elle a passé des heures à rechercher l'histoire de Cordoue et à lire quelques-uns des grands classiques de la littérature et de la science arabes, spécialement les oeuvres de l'historien et sociologiste musulman du moyen-âge, Ibn Khaddun : “ Pour être honnête, quand j'ai lu ses livres, je me suis sentie humble. Cela m'a fait du bien de le lire”.
Elle a aussi monté un nouveau groupe, Les Choeurs de Cordoue, avec le guitariste espagnol Eric Fernandez et d'autres musiciens / danseurs d'Espagne et d'Afrique du Nord.

L' “épiphanie” de l'Andalousie a donné naissance à une autre impulsion : “Je n'en pouvais plus de ces images associées à la culture arabe en général”, dit Souad. “Je voulais rendre hommage à ces mutakallimun parce qu'ils nous ont laissé beaucoup de belles choses. Je voulais partager tout cela avec les gens qui ne connaissent pas vraiment la culture arabe.”

Les médias qu'elle choisit furent la musique, la calligraphie et la poésie. Depuis les temps pré-islamiques, quand les tribus d'Arabie avaient l'habitude de tenir des compétitions annuelles de poésie et d'accrocher les vers gagnants, brodés sur de la soie avec du fil d'or, sur le rocher noir et sacré de Kaaba à La Mecque, la poésie s'est profondément ancrée au cœur de la culture arabe. “Comme l'histoire des odes accrochées l'illustre, rien n'était valorisé aussi haut que le langage lui-même, le langage inévitablement complexe et contradictoire de la poésie”; écrivait le professeur Maria Rosa Menocal dans son essai perspicace Culture in the time of tolerance; Al-Andalus as a model for our time (Yale Law School, 2000), “Rien n'était plus à même de devenir de l'or et d'être placé au centre de La Mecque elle-même. Au moins jusqu'à ce que le monothéisme sans compromis du prophète ait vidé la place païenne de ses idoles, mais, peut-être de manière incongrue, n'ait laissé ce qui pouvait avoir été la plus puissante des idoles, la poésie elle-même.

Souad Massi s'installa dans sa tâche tel un détective. A côté des lectures qu'elle faisait autant qu'elle le pouvait, elle fit aussi des contacts avec des poètes, académiques ou amateurs de poésie, à travers les réseaux sociaux et des rencontres en face à face. Elle avait lu de la poésie arabe lorsqu'elle était adolescente et jeune fille, mélangée avec les oeuvres de Victor Hugo et les paroles de Léonard Cohen, mais l'orientation de ses études concernait plutôt les sujets pratique et technique. Il y avait beaucoup à rattraper. “Je me suis vraiment cassé la tête”, dit-elle, “Il y a des poèmes qui sont clairs, mais pour comprendre le vieil arabe, il faut un dictionnaire spécial... C'est très compliqué.” Elle se rendait aussi compte qu'en se concentrant sur la poésie arabe, elle négligeait la moitié de son identité, la partie amazigh ou berbère.
Mais s'attaquer aux deux en un seul projet semblait trop accablant. Ainsi réserva-t-elle la tradition berbère pour un projet futur.

Le projet requérait de la conviction. Hassan, le frère de Souad Massi, un musicien également très talentueux et une sorte de mentor pour Souad dans sa jeunesse, lui dit qu'elle était folle d'essayer de mettre ces vénérables vers anciens dans un cadre de pop music. Mais une fois qu'elle embarqua de tout coeur pour sa mission, Souad rencontra une certaine fluidité dans son travail, même si cela prit plusieurs années à mûrir. Elle appelle le projet son “troisième bébé”, les deux autres étant ses deux jeunes filles. “J'étais comme un éléphant, parce que les éléphants mettent au moins deux ans à faire un bébé et qu'ils font tout eux-mêmes.”

Avec l'injonction de l'islam contre la peinture de formes humaines, la calligraphie est devenue le véhicule suprême de l'expression visuelle de la beauté divine dans le monde musulman. Combien pertinent est-il que les mots soient transformés en art de cette manière.
Traditionnellement, les outils du calligraphe étaient sa plume à encre – qualam en arabe – et son papier. Il appliquait l'une à l'autre en un acte qui était de dévotion plutôt qu'esthétique, requérant des années de pratique et une complète soumission de l'égo à la pureté de l'acte lui-même.
Lorsqu'elle choisit le calligraphe Mohammed Bourafai et son fils Ayman Bourafai pour illustrer les poèmes qu'elle avait sélectionnés, Souad découvrit un monde nouveau. Elle admirait l'audace dans leur travail, la façon dont laquelle ils s'efforçaient d'élargir le langage visuel de la calligraphie en y incluant un contenu contemporain – fil de fer barbelé, papier brûlé, évolution humaine.

Comme elle fouillait plus loin dans son projet, des merveilles continuaient à surgir. Elle découvrit le poète irakien du 9ème siècle Al-Mutanabi, le “Prophète autoproclamé”. “Il y a des miracles dans ses poèmes”, dit-elle. “Personne n'a atteint de tels sommets. Il est juste impossible d'arriver à une telle beauté”. Elle découvrit les “odes accrochées” du poète préislamique Zouhaïr Ibn Abi Salma et la profondeur étonnante dont la langue arabe était capable en certains mots qu'il utilisait. Des mots tels que sa'imtou : “Il signifie plus que “Je suis fatigué”.” Quand on l'utilise, on y met toutes les années que l'on a vécues. Je me souviens que lorsque j'étais une enfant, ce fut le seul mot qui laissa vraiment une empreinte sur moi. Lorsque j'avais du mal à avancer, j'avais toujours une pensée discrète pour sa'imtou."

Elle découvrit Majnun Layla –“ L'homme possédé par Layla” -, la réponse arabe à Roméo et Juliette, l'histoire d'un jeune homme appelé Qays, qui tomba amoureux d'une fille appelée Layla, mais qui devint fou et mourut de faim à cause de son père qui le désapprouvait, et parcequ'il ne pouvait l'avoir : “Je me suis dit que ce n'était pas possible de mourir d'amour, juste comme ça. Cela n'existe pas. Mais, bon, oui... cela existe.” Elle découvrit Le son du rossignol siffleur (“Sawtou safiri el boulbouli”) par le poète du 9ème siècle Asmaï, avec ses raffinements lyriques complexes et ses jeux de mots franchement intraduisibles.

Mais peut-être le plus encourageant fut qu'elle découvrit que les prouesses poétiques des anciens avaient survécu jusqu'aux temps modernes, réincarnées en des poétes tels que le tunisien Abou el Kacem Chebbi, qui écrivit l'hymne irrésistiblement provocant Aux tyrans du monde (“Ela Toghat al-Alaam”), avec ses vers prophétiques : “Prends garde ! Que ni le printemps ne te trompe / Ni la clarté du ciel, ni la lumière du jour”. Sans surprise peut-être, le poème fut utilisé comme un hymne par les manifestants des révolutions en Tunisie, en Egypte et d'autres endroits en 2011. Ou bien Ahmed Matar, le poète irakien qui fut obligé de fuir sa cité d'adoption au Koweit et de s'installer à Londres dans les années 1980. En 2011,Matar a écrit sur le pouvoir de la poésie et des mots, un pouvoir même plus grand que les forces qui secouent en ce moment le monde arabe : “La poésie n'est pas un régime arabe qui sombre avec la mort du chef. Et ce n'est pas une alternative à l'action. C'est une forme d'art dont la mission est de perturber, d'exposer, et de témoigner de la réalité, qui aspire au-delà du présent. La poésie vient avant l'action... Alors la poésie se rattrape. La poésie éclaire le chemin, et guide nos actions”.

Perturber, exposer, et témoigner de la réalité qui aspire au-delà du présent, tout cela figure ici dans l'ouvrage que vous tenez dans vos mains. Dans leur perception du monde, les Arabes sont pris entre le diable et la mer d'un bleu profond. Entre l'extrémisme et la caricature que les médias véhiculent : “C'est vrai que l'on se sent piégé”, dit Souad. “Et c'est bouleversant, car, au bout du compte, je ne peux pas être réduite à ça. Je me suis baignée dans une immense beauté à travers la poésie, à travers la tolérance, et maintenant ils essaient de nous dépeindre comme des animaux dont le cerveau ne s'est pas développé convenablement, alors que ce furent mes ancêtres qui inventèrent la médecine. Je ne peux pas l'accepter.”

Et la perception de l'intérieur ? Il y a des jeunes hommes et des jeunes filles musulmans partout dans le monde qui sont pris dans un tourbillon de politiques d'identité, affaiblis, désorientés et enclins à une rhétorique apocalyptique. En France, où Souad vit à présent, le problème est aigu. “Ici, les jeunes n'ont rien. Ils sont conduits à se sentir comme des étrangers. Tout ce qu'ils ont sont des terrains de football, parce que l'état a coupé toutes les subventions pour toutes les activités dans les cités. Donc, soit tu deviens champion de football, soit tu n'es rien. S'il y avait un endroit où se rencontrer et quelqu'un pour dire “Regarde tes ancêtres... comme Ibn Firnas, le premier homme à essayer de voler. Il venait de l'Andalousie musulmane. Ou tous ces hopitaux qui portent le nom Avicenna. Il s'agit d'Ibn Sinna, un Musulman. Cela leur donnerait déjà un peu de confiance, cela leur permettrait de s'orienter vers quelque chose.

Le combat est énorme et peut-être que cet album sera seulement une petite contribution à cette “religion de l'amour” professée par Ibn Arabi. Mais la poésie sera toujours là, inestimable dans sa grandeur, prête à être découverte, à inspirer, à reconnecter les âmes perdues avec un passé qui est digne de fierté. “Quand tu lis des poèmes comme ceux-là, cela te rend humble”, dit Souad. “Tu penses que tu as écrit, que tu as composé, mais tu n'as rien fait du tout. Il y a des génies qui ont laissé des merveilles derrière eux. Nous ne sommes rien en comparaison avec eux. Et tout ce que j'essaie de faire est de tâcher de sensibiliser quelque personne, à travers la pop, à un beau poème, et peut-être cette personne sera-t-elle attirée par cette culture, cette beauté, et fera son chemin. C'est mon but”.
 

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